
Le breton, le choix du cœur
Je suppose que lorsque vous jetez un coup d’œil aux combinaisons de langues que je propose, vous vous étonnez, sans doute, de voir figurer le breton parmi l’anglais, le danois et le norvégien. Vous trouvez, peut-être, ce mélange linguistique quelque peu surprenant, voire incongru. À quoi bon, me diriez-vous ? À quoi bon, parler une « petite » langue que seules 200 à 300 000 personnes parlent et/ou comprennent ? Ne serait-il pas plus judicieux de proposer, de parler uniquement des langues dites internationales ? Je vous répondrais, dans ce cas, parlons uniquement l’anglais ou le chinois ! Cela « simplifierait » les choses…
J’ai toujours pensé qu’il était primordial de préserver la diversité linguistique et la richesse culturelle qui en découlent. Si nous parlions tous une seule et même langue, le monde serait bien morne ! Imaginerait-on que nous soyons tous vêtus des mêmes vêtements ou que nous mangions tous la même nourriture, les mêmes plats ? La réponse est, bien-sûr, non…
Alors, pourquoi le breton ? Eh bien, pourquoi pas ? Comme je suis né en Bretagne, le choix me semblait évident. Le breton était la langue maternelle de mes grands-parents maternels. Je dois, cependant, préciser, en préambule, que la Bretagne est une terre de diversité linguistique puisque deux langues originelles y cohabitent, le gallo, une langue romane (comme le français, le catalan, le corse ou l’occitan) principalement parlée à l’est d’une ligne Saint-Brieuc/Vannes, et le breton, une langue celtique dont l’aire linguistique se situe à l’ouest de cette ligne. Je tiens, également, à souligner que le gallo et le breton sont bien des langues à part entière, et non des patois (de français) comme certains les cataloguent pour mieux les dénigrer ! La France n’est nullement un pays monolingue, c’est un des pays d’Europe ayant la plus forte diversité linguistique ! Une richesse qu’il faut absolument préserver. Par ailleurs, la devise de l’Union européenne n’est-elle pas « Unie dans la diversité » ?
Langue celtique ??? Je vois certains regards un tantinet interrogatifs. Les langues celtiques sont une famille de langues principalement parlées dans l’Ouest de l’Europe, et notamment dans les Îles Britanniques. Elles se divisent en deux groupes: les langues gaéliques (l’irlandais, le gaélique écossais et le mannois) et les langues brittoniques (le breton, le cornique et le gallois dont le breton est issu). Je rajouterai à cela que l’hymne gallois et l’hymne breton partagent, également, la même mélodie ! Les fans de rugby savent de quoi je parle.
J’ai, donc choisi, d’apprendre le breton (qui ne m’a pas été transmis, pour diverses raisons, notamment politiques et historiques, et que j’éviterai d’évoquer ici), il y a de nombreuses années pour me reconnecter à cette terre que j’aime tant (à la terre de mes ancêtres pour paraphraser le titre de l’hymne breton, Bro Gozh Ma Zadoù), à son histoire millénaire, à son riche patrimoine culturel mais aussi pour faire vivre la diversité linguistique qui est tant malmenée de nos jours. Apprendre le breton a été pour moi, avant tout, un choix du cœur !
Peut-être apprendrai-je bientôt le gallo ? Ou d’autres langues ? Basque ? Irlandais ? Japonais ? Quand je serai en retraite, qui sait ?
Apprendre une langue n’est jamais une fermeture, une forme de communautarisme ou un repli identitaire, c’est une ouverture sur un autre monde, sur une autre culture, c’est posséder la clé d’un fabuleux trésor. Et Je terminerai par les dernières strophes du poème « An Alc’houez Aour » (La clé d’or) d’Anjela Duval :
Hag holl deñzorioù Breizh
Zo dispak er c’hastell
Gant alc’houez aour ar yezh
Digor eo an dourell…
Et tous les trésors de Bretagne
Sont éparpillés dans le château
Grâce à la clé d’or de la langue
Le donjon est ouvert…
Ken arc’hentañ ! À bientôt !